La relance Aubry c'est la même recette que les 35h Aubry. Il y a un gâteau à partager et pour que tout le monde en ait une part - part de travail ou part de consommation- le gâteau est découpé en
tranches égales distribuées à chacun.
Pour autant, l'expérience des 35h aurait dû faire évoluer cette méthodologie globalisante. La décision des 35h a été une vraie et grande décision politique. Dans un contexte de
chômage fort, l'idée de dire que cela suffit et que la baisse du temps de travail permettra aux chômeurs d'accéder à l'emploi méritait d'être essayée. Certes, une décision bien française
mais une décision politique au sens noble du terme: la politique pour changer la vie dans la cité.
Il se trouve que cette expérience des 35h a montré ses limites: la globalisation. Autant cette réforme fut la bienvenue dans certains secteurs dont la pénibilité nécessitait une
réduction du temps de travail, autant fut elle néfaste dans d'autres secteurs où les salariés et entreprises se sont trouvés bridés. Dit autrement, la motivation et la
disponibilité n'étant pas les mêmes aux différents âges de la vie, les 35h ont entraîné des non sens économiques en empêchant certains salariés volontaires de travailler au delà de
35h pour améliorer leur niveau de vie.
Il est donc étonnant que le même processus soit proposé dans le cadre de la relance Aubry. Même s'il ne s'agit que de deux de ses aspects, vouloir verser 500€ à tous les bénéficiaires
de minimas sociaux et de la prime pour l'emploi et geler les réductions de postes dans la fonction publique est une réédition d'une politique globalisante et manquant de pragmatisme.
En effet, certains secteurs ou bassins économiques sont toujours en tension de recherche de salariés et rien ne justifie économiquement que les personnes au chômage et qualifiées
dans ces secteurs ou pouvant s'y orienter aisément bénéficient d'une prime. De plus, le fonction publique doit être redéployée différemment et il n'y a pas de motifs économiques ou sociaux
justifiant, par exemple, l'arrêt des suppressions de postes dans l'Education Nationale, au vu du réservoir d'enseignants qui n'enseignent pas et qui peuvent donc remplacer les
départs.
Les zones de faiblesse de l'économie française sont connues: l'exportation, l'investissement, la recherche. Booster les entreprises ou administrations de ces 3 champs est la clef d'une
sortie de crise réussie. Inutile de favoriser par des primes -sauf pour nos concitoyens les plus en difficulté- l'importation de produits asiatiques.
Inefficient également d'accroître la fonction publique dont le rôle de "stabilisateur" est certes appréciable en période de crise mais qui se transformerait fatalement
en "boulet" quand les nuages de la dépression s'écarteront.