La mixité sociale est un sujet tabou que beaucoup cherchent à éviter, le sachant à risque. Ce concept du mélange heureux de citoyens différents de fortune et de culture
s'est imposé, sans opposition publique argumentée, comme une solution aux tensions sociales.
Le principal reproche avoué est que ses plus ardents défenseurs semblent souvent peu enclins à le pratiquer eux-mêmes (oui pour le loft à Belleville mais pour l'école ce sera
le privé). Au-delà de cet argument de surface, le sujet n'est pas abordé par ceux qui ne sont pas convaincus par les vertus d'une mixité sociale imposée.
La vraie question est en effet de déterminer ses limites afin de ne pas être contre productif et générer rejet et tensions.
Les différences de mode de vie, de pensée, de culture sont des faits incontestables. Penser que la tolérance viendra naturellement du mélange repose sur un pari plus qu'audacieux. Très jeune,
déjà, les comportements humains sont empreints de différences.
Observer les enfants et parents dans un jardin public est révélateur de cette diversité. Les enfants du square Clignancourt (bas Montmartre) y passent souvent la journée entière le samedi et
le dimanche avec un nombre relativement réduit de parents. Le square du haut de l'avenue Junot (haut Montmartre) compte parfois moins d'enfants que de
parents. Ceux-ci surveillent chaque geste de leur enfant de peur de l'accident et il n'est pas rare de voir un père accompagner sa progéniture sur le toboggan au cas où.
Observer la sortie de collèges nous dévoile plus encore ce fossé. Selon les lieux, les comportements des adolescents sont différents et ne semblent pas réductibles d'un coup
de baguette magique.
Oui, des mondes sociaux différents sont à quelques rues de distance et pourtant ne se côtoient pas, se croisent éventuellement.
Il n'y a dans cette réalité aucun jugement de valeur mais juste le constat de la richesse de la diversité humaine. Imposer la mixité sociale ne peut "pas prendre" naturellement du fait
du fossé de différences. Le rapprochement demande du temps et surtout une volonté réciproque. Un enfant ne sera peut-être pas particulièrement heureux d'être dans un quartier où les autres
enfants vont au ski sauf lui. A l'inverse, un autre enfant ne se sentira pas forcément heureux de vivre dans un quartier ou personne ne lit sauf lui-même.
Nous voyons mieux ainsi la complexité du sujet. Atténuer la fracture sociale ne peut se réduire à des slogans ou quotas. La volonté de chacun est primordiale: un vouloir vivre
ensemble qui existe déjà dans de nombreux lieux (entreprises; clubs; quartiers; écoles) et un respect des différences sans dogmatisme.