L'éclatement de la bulle football, après celle de l'immobilier, est elle arrivée ? Un modèle économique basé sur l'endettement à outrance, une masse salariale délirante et fiscalement hors du
droit commun et des acheteurs de clubs milliardaires fortement affaiblis par la crise est-il encore tenable ?
Selon l'étude récente "Football professionnel: finances et perspectives" d'Ineum consulting et Euromed
Marseille, la situation est pour le moment florissante.
Mais l'on peut légitimement se poser la question de la pérennisation d'un tel système, tant économiquement que moralement. En effet, les citoyens de certains pays vont ils accepter encore
longtemps les dérogations fiscales accordées aux footballeurs ? La "mercenairisation" de joueurs sans identité locale et chasseurs de primes séduira-t-elle toujours les consommateurs supporters
et téléspectateurs ?
Elle est bien loin l'époque des footballeurs de l'ASSE (Saint-Etienne), stars françaises des années 70, percevant des salaires de cadres supérieurs. La population locale était fière de ses
enfants du pays ayant réussi socialement ou de ces étrangers qui avaient choisi cette équipe et sa couleur verte fétiche.
Sans nostalgie, la question du différentiel de revenus devenu démentiel entre les footballeurs et les supporters peut entraîner une rupture. La question ne se pose certes pas que
dans ce sport, mais la popularité du football l'expose à une réaction d'autant plus violente de supporters prenant un jour conscience du fossé.
Le geste du footballeur peut être magnifique, l'ambiance extraordinaire mais rien ne justifie une telle bulle d'excès.
Le football français n'a pas atteint encore la démesure totale. Les salaires énormes le sont un peu moins qu'en Allemagne, Angleterre, Espagne ou Italie.La fiscalisation française n'est
pas dérogatoire pour ses salariés du sport ce qui entraîne d'ailleurs l'exode des meilleurs joueurs français. Les milliardaires s'offrant un club comme autrefois une danseuse sont donc moins
attirés par le business du football français, ce qui laisse la place à des présidents de clubs, certes fortunés, mais ayant encore les pieds sur terre et une vraie passion pour ce
sport.
Et puis ne désespérons pas d'une saine réaction des intéressés eux-mêmes, les footballeurs ! Le situation est désormais claire et aucun ne peut plus faire l'autruche. La
possibilité existe pour chacun d'eux de choisir de passer beaucoup de temps sur des bancs de touche dans des "équipes-objets-jouets" de milliardaires comme mercenaires hors de la cité fiscalement
et moralement ; l'autre choix est d'aller dans des pays leur appliquant les mêmes règles fiscales qu'à leurs supporters et dans des clubs générant un véritable enthousiasme.
Alors, l'explosion de la bulle football aura-t-elle lieu ? Cela serait sans doute une très bonne nouvelle pour le devenir et l'identité de ce sport et, accessoirement, la possibilité
pour les clubs français de se retrouver sur un pied d'égalité avec certaines équipes européennes actuellement "monstres de foire" .