A la lecture du dernier livre de Simone Veil au titre simple "Une vie", l'émotion et l'admiration nous parcourent. Mais nous découvrons aussi une femme aux idées précises, ne mâchant pas ses
mots et volontiers à contre-courant.
L'émotion d'abord, face à une adolescence écrasée par la déportation qui entraîne la mort de ses parents et de son frère. Survivre en déportation est inimaginable, au sens propre, et se relever
de l'horreur de voir quotidiennement une file d'attente devant les chambres à gaz est tout simplement impossible. Simone Veil avoue en être hantée chaque jour.
L'admiration ensuite, face à un parcours humain et politique remarquable. Mme Veil réussit à se reconstruire malgré les ravages et, après une entrée dans la vie active comme magistrate,
occupera notamment les fonctions de ministre de la Santé, présidente du Parlement européen et de membre du Conseil Constitutionnel. Cette remarquable carrière lui donne expérience
et recul pour observer la société française et la construction européenne.
Dans ce livre sont exprimées des idées fortes. Simone Veil, à contre-courant d'une pensée auto-flagellante concernant l'Occupation, rappelle que c'est en France que le pourcentage de juifs et
d'enfants juifs déportés est le plus faible d' Europe.La déportation a tout de même anéantie, rappelle-t-elle, 76 000 juifs Français soit 25% de la population concernée. Mais
ne vouloir comprendre cette époque qu'au travers du film "Le Chagrin et la Pitié", et oublier les milliers d'initiatives de protection des juifs par des chrétiens est une erreur.
Autre idée majeure: l'Europe. Simone Veil, meurtrie dans sa chair par les violences de l'Europe, ne peut comprendre le "NON" du référendum de 2005. Ce refus est incompréhensible pour
qui pense aux déchirements successifs du continent européen depuis des siècles, même si le traité était imparfait. Il est vrai que la démagogie de certains politiques en
2005 va bien au-delà de l'indécence, quand telle ou telle délocalisation d'entreprises fut montée en épingle comme un épouvantail pour cacher l'enjeu essentiel de
la paix sur un continent si fréquemment baigné de sang.
Et puis la politique au sens noble: celle qui écoute, comprend, propose. La loi sur l'IVG de 1974 bien sûr, car il n'était plus possible de laisser 300 000 femmes chaque année avorter
clandestinement au risque de leur vie. La politique sans ses bas calculs qui semblent avoir marqué Simone Veil au contact de François Mitterrand, Jacques Chirac ou François
Bayrou...La politique comme moyen de construire la paix, la prospérité, la liberté.
Simone Veil exprime également dans ce livre son refus des 35H, critique le corporatisme de l'Education nationale et reconnaît sans ambages ne pas avoir été choquée par les proposde
Claude Allègre sur "le mamouth" , se dit favorable à l'immigration "choisie" en cohérence avec la démographie et le chômage.
Cette rencontre à la fois personnelle et politique avec Simone Veil, dans son ouvrage "Une vie", nous pousse à réfléchir, à prendre le recul nécessaire et à mesurer l'important et
ce qui ne l'est guère. Un livre à mettre dans beaucoup de mains à quelques semaines des élections européennes !