Le 12 décembre 2008, nous avions abordé les tics de langage horripilants dans l'article "Du quelque part à être soi-même". Aujourd'hui, notre étonnement se porte sur deux idées reçues
dont la répétition a le don d'anesthésier ou d'agacer.
"Fait maison". Cet argument de vente a de quoi laisser stupéfait. Et, quand un client de restaurant interroge un serveur sur le fait que le plat du jour soit "fait maison" ou pas, il y
a matière à lever les yeux au ciel.
En effet, qu'un plat soit "fait maison" importe peu, tant la vraie question est la qualité des aliments utilisés dans la préparation. Mieux vaut un surgelé sain, qu'une assiette
confectionnée dans la cuisine du restaurant avec des légumes douchés à l'acide, ou autre produit chimique, par l'agriculteur. Quant au gâteau "fait maison", seule la connaissance des
ingrédients de fabrication permet de déterminer la qualité. Si le gâteau est conçu avec du sucre raffiné, de la farine blanc plâtre, du beurre et des oeufs non biologiques et
du chocolat sans cacao, mieux vaut s'économiser le temps de préparation et acheter directement au supermarché avec la garniture de colorant inclue !
"Produit du jardin" fait aussi parie des marqueurs de qualité. Il n'en est pourtant rien. Même si le côté petit agriculteur face aux "méchantes multinationales de l'agro-alimentaire" a du succès
depuis José Bové, la petite taille n'est pas toujours synonyme de qualité. Nous pouvons même oser dire que le "gros agriculteur" qui doit répondre à des normes et craint pour sa réputation
devrait faire plus attention que le "petit agriculteur" qui écoule sa production sur les marchés et "karcherise" gaiement son lopin à l'anti-limaces.
Hors d'une véritable agriculture biologique, la production issue du "jardin" ne valide en rien la qualité.
Sans doute, nos origines paysannes nous poussent elles inconsciemment à nous rassurer avec de telles idées. Sans doute, notre culture "révolutionnaire" nous induit à une plus forte sympathie pour
le "petit" face au "gros".
Et pourtant, il s'agit bien là d'idées reçues.